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Juridique et Cgt.

Juridique et Cgt.

En général, le juridique, les retraités, la Cgt, les transports urbains et autres transports dans les Alpes Maritimes.


Keolis. Ce que révèle la victoire des salariés

Publié par cgtrla sur 26 Avril 2014, 10:07am

Catégories : #Fédération Transports

Le mois de mars a été très agité à Narbonne, où les transports urbains puis interurbains se sont mis successivement en grève pour les salaires. Tandis que d’importantes augmentations salariales ont été décrochées, la lutte a mis en exergue les pratiques de dumping social et financier de la filiale de la SNCF.


Après la grève des transports urbains du 6 au 11 mars derniers, les Narbonnais en ont connu une nouvelle qui, cette fois, concernait toute l’agglomération et les transports interurbains, puisque du 19 au 26 mars, les ramassages scolaires du grand Narbonne n’étaient plus assurés. La presse invitait les familles à s’organiser et à préparer des repas froids (de fait les cantines scolaires étaient impactées), tandis que la litanie des « enfants pris en otage » se déchaînait.
À Narbonne comme ailleurs, une certaine représentation des grèves dans les transports publics surfe sur le mécontentement des usagers. Mais qui sont donc celles et ceux qu’une presse décrit comme preneurs d’otages, et qui défend réellement les enfants ?

Valérie, conductrice de bus, et elle-même mère de deux enfants, raconte la face cachée de l’histoire : « Cette grève a eu un impact énorme ici. Partout où nous allions, on nous en parlait et on nous en parle encore. Mais nous nous battions aussi pour les conditions de transports de nos enfants. Il n’est pas acceptable de voir des enfants qui voyagent debout. Cela faisait partie de nos revendications. Par ailleurs, lorsqu’on gagne 1 200 euros par mois avec une amplitude horaire de 14 heures, comment avoir une vie de famille ? Comment payer la garderie ? »
Son collègue, Jamel, s’étonne encore de l’ampleur et la soudaineté du mouvement chez Keolis Aude. En effet, la CGT ne s’y est implantée que depuis novembre dernier, et quasiment dès après les élections au comité d’entreprise, les voici en ordre de bataille pour mener une action sur les salaires : « Nous sommes dans un département où l’emploi n’est pas à son apogée, l’employeur est donc en position de force. Mais là, il y a vraiment eu un ras-le-bol car on tire tout vers le bas. Heureusement, nous avons été bien aidés par l’union locale CGT de Narbonne. » Une union locale CGT aux locaux qui ne désemplissent pas et qui, malgré un taux de chômage très élevé (16,3 % à Narbonne), entretient une activité extrêmement dynamique. Pour preuve, elle enregistre d’ailleurs 74 adhésions nouvelles à la CGT depuis le début de l’année. Avec 2 100 adhérents, elle représente la première force organisée de cette ville de 60 000 habitants..

Deux statuts avec un même patron 


Bien qu’ils soient tous employés par Keolis, ceux de Keolis Aude (interurbain) et ceux de Keolis Narbonne (urbain) relèvent de conventions différentes et vivent dans deux mondes séparés. Tout au moins au niveau de la fiche de paie. Ainsi, le salaire de base d’un conducteur de bus de l’interurbain se situe aux environs de 1 180 euros net, contre environ 1 500 euros pour ceux des transports urbains.
Avec des amplitudes horaires plus importantes, la confrontation à un nombre croissant d’incivilités et la quasi-inexistence de contrôleurs sur leurs lignes, ceux de l’interurbain ont vraiment l’impression d’être des sous-salariés, explique Jérôme : « En tout, il y a 135 salariés chez Keolis Aude dont 110 chauffeurs de bus. 80 à Narbonne et 30 sur Carcassonne. Nous avons connu quatorze agressions depuis septembre. Notre matériel n’est pas adapté. Par exemple, nous avons demandé le remplacement des sièges conducteur et passagers. En plus de la conduite, nous nous occupons du nettoyage ou encore de faire le plein nous-mêmes, ce qui n’est pas le cas chez ceux de l’urbain. »

Le problème 
des délégations de services publics à des entreprises privées

Keolis Aude fait bien sentir à ses salariés qu’il n’y a aucune passerelle possible pour travailler chez Keolis Narbonne. Les 49 salariés de l’urbain ne sont pas pour autant perçus comme des privilégiés mais des collègues, voire des camarades. Ils partagent le même dépôt, boivent leur café à la même machine à café. Et c’est la CGT qui y est implantée depuis plus longtemps, qui se fait elle-même l’outil de cette passerelle avec la création du nouveau syndicat dans l’interurbain.
Tandis que les NAO débutent chez les urbains, ceux-ci décident d’élever le rapport de force en entamant une grève massive qui durera cinq jours.
De même que d’autres syndicats de la localité, notamment celui des douanes et des territoriaux, le jeune syndicat CGT de Keolis interurbain soutient ses collègues et est même présent sur le piquet de grève. Mais pour l’heure, celui-ci n’a pas engagé sa propre action. « En fait, nous souhaitions engager une action ensemble, mais nous avons été surpris de les voir partir seuls en amont », note Jérôme, du syndicat CGT interurbain.

Premier succès et la suite

La grève se termine par un premier succès avec la transformation de trois emplois d’intérimaires en CDI, et une augmentation de salaire de 2,2 % (dans le détail, la valeur du point augmente de 1,3 % au 1er janvier et 0,5 % au 1er juillet). C’est dans ce contexte surchauffé que s’ouvrent ensuite les NAO chez Keolis interurbain.
Dans la foulée de ce succès, les propositions de la direction de Keolis interurbain de n’accorder que 0,7 % à ses salariés apparaissent comme une véritable provocation. Qui plus est, cette augmentation est assortie de conditions telles que l’allongement du service quotidien de cinq minutes. Immédiatement, cela se passe mal. Un piquet de grève est installé au dépôt de Narbonne, et plus aucun bus ne circule. On évite de peu la bavure avec une salariée qui manque d’être écrasée par un bus qui force la sortie.

3 % d'augmentation des salaires

La direction fait une nouvelle fois preuve de brutalité en envoyant un huissier et en assignant les syndicalistes en justice. Après le constat de la levée du piquet, qui ne donnera donc pas lieu à poursuites, c’est vers l’un des donneurs d’ordres et ses locaux, la communauté d’agglomération de Narbonne que l’action se focalise. Les locaux sont occupés jour et nuit. Barbecue à l’extérieur le jour, sacs de couchage à l’intérieur la nuit.
Au bout de sept jours de grève à plus de 90 %, l’épilogue intervient dans la nuit du 25 au 26 mars dernier, avec une négociation au finish et une signature à 2 heures du matin. Au final, les salariés de Keolis interurbain obtiennent 3 % d’augmentation générale des salaires, une augmentation de 65 euros de la prime de vacances et des réunions sur la sécurité dans les transports.


Keolis n’en est pas quitte 
pour autant

Christophe Garetta, secrétaire général de l’Union locale CGT de Narbonne voit bien que ce que relève cette grève va au-delà du local : « Nous sommes aussi intervenus auprès de la direction du groupe SNCF – dont Keolis est filiale –, et ce afin de dénoncer la politique salariale et la précarité importante. » Par ailleurs, l’UL CGT de Narbonne soulève un autre lièvre : « Ce conflit a posé au grand jour le problème des délégations de services publics à des entreprises privées, de plus, sans clauses sociales dans les appels d’offres. La gestion opaque de Keolis permet difficilement un contrôle de l’utilisation de l’argent public versé dans le cadre de conventions passées. »

Les donneurs d’ordre que sont le conseil général et la communauté d’agglomération du Grand Narbonne ont eux aussi dénoncé durant la grève le jeu de ping-pong auquel se livrait Keolis. En prétendant que l’enveloppe allouée par les collectivités territoriales était insuffisante ou ne leur permettait pas de répondre aux revendications salariales, la direction de Keolis a réussi à se les braquer. Pas très habile pour ceux qui prétendent à un renouvellement de leur contrat en 2015… Toujours est-il que les élus ont été contraints de révéler que Keolis n’avait eu cesse de réclamer et obtenir des rallonges par rapport aux contrats initiaux.
Excédé, Jacques Bascou, président du Grand Narbonne, avance même désormais l’idée de reprendre les transports interurbains en régie. Une excellente idée que soutient totalement la CGT. Michel Di Cicco, de la CGT interurbain, considère même que c’est effectivement la seule solution juste et efficace. « Cela permettrait non seulement de relever par le haut les conditions sociales et salariales des chauffeurs de l’interurbain, mais aussi et surtout d’en finir avec l’opacité de la gestion. »
Nombreuses sont en effet les sources d’interrogation sur la manière dont sont ventilés les budgets octroyés dans le cadre des délégations de service public. Selon les jeunes élus CGT du CE de Keolis interurbain, entre les frais de siège que Keolis Aude doit verser à Keolis France ou encore les services que les filiales Keolis se facturent entre elles, il y a véritablement matière à investiguer.
Dans ce cadre, ils viennent justement de décider d’avoir recours à une expertise. Gageons qu’en France, ceux de l’interurbain de Narbonne ne sont pas les seuls dans cette situation et il y aurait probablement des croisements d’informations fructueux à mettre en œuvre entre syndicalistes des différentes filiales Keolis.
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