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Juridique et Cgt.

Juridique et Cgt.

En général, le juridique, les retraités, la Cgt, les transports urbains et autres transports dans les Alpes Maritimes.


Salariés acteurs des changements. C'est maintenant.

Publié par cgtrla sur 11 Décembre 2013, 14:16pm

Catégories : #La Cgt

 


        

Face à l’aggravation de la crise, alors que le Medef mobilise les chefs d’entreprise notamment dans une croisade contre l’impôt, que le gouvernement oublie ses promesses de campagne, et tandis que grandissent les difficultés subies par les salariés, leurs inquiétudes, mais aussi de réels dangers de confusion et de populisme, six organisations syndicales, CGT, CFDT, CFTC, FSU, UNSA et Sud-Solidaires ont décidé de travailler ensemble à des solutions.

 

Une dénonciation commune des conséquences d’une « crise financière, économique, sociale et environnementale », qui « dépasse nos frontières » et « affecte au quotidien les conditions de travail et de vie de nombreux salariés, chômeurs, retraités et touche spécifiquement l’emploi ». Une interpellation, elle aussi commune, des « responsables économiques et politiques », notamment sur les dossiers de l’emploi et de la justice sociale, en matière de pouvoir d’achat et de fiscalité…

C’est autour de ces dossiers, et parce que « l’ampleur des drames sociaux conduit à la désespérance et menace la cohésion sociale, la capacité à vivre ensemble et in fine la démocratie », que six dirigeants syndicaux, de la CGT, de la CFDT, de la CFTC, de l’UNSA, de la FSU et de Sud-Solidaires, se sont retrouvés, lundi 25 novembre au soir, au siège de la CFDT.

 Les termes de la déclaration disent la mesure de la gravité de la situation au présent et de l’ampleur des risques pour l’avenir.
Estimant que « la situation politique, économique et sociale que connaît notre pays provoque des difficultés et une inquiétude grandissante chez les salariés, notamment en matière d’emploi et de pouvoir d’achat, et plus généralement chez les citoyens », que « la société en proie au désarroi peut se laisser entraîner par l’expression des pires populismes », Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, et Laurent Berger, son homologue de la CFDT, avaient convié les secrétaires généraux de toutes les organisations syndicales à une réflexion commune pour y remédier, la situation interpellant « tous les acteurs, parmi lesquels les organisations syndicales ».

FO et la CGC ont décliné l’invitation, mais les participants ont décidé de travailler ensemble et de se revoir très vite. Si Sud-Solidaires n’a pas signé le texte commun, souhaitant qu’il mentionne la perspective d’une « mobilisation », le syndicat sera malgré tout aux côtés des cinq autres pour travailler à des propositions communes, comme le précise sa porte-parole, Annick Coupé. Les organisations syndicales ont en outre appelé le même jour, dans une autre déclaration commune, à « se mobiliser massivement le 30 novembre dans toute la France » contre le racisme, les dirigeants nationaux des six annonçant qu’ils « participeront ensemble à la manifestation organisée à Paris ».

 


Unité syndicale, mobilisation des salariés


Déjà, c’est ensemble que sept syndicats régionaux (CGT, CFDT, FSU, Solidaires, CFTC, UNSA et CFE-CGC) avaient appelé à manifester dans les quatre départements bretons le samedi 23 novembre, pour exiger que le « pacte d’avenir » pour la Bretagne annoncé par le gouvernement porte de réelles mesures sociales. Quelque 13 000 manifestants ont ainsi battu le pavé ce samedi, 3 000 à Lorient, avec la participation en tête de cortège des secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT, 3 000 à Rennes, 2 000 à Saint-Brieuc et 5 000 à Morlaix. Sur les banderoles, dans les cortèges, les revendications portent alors principalement sur le maintien et le développement de l’emploi et des sites de production, et sur la volonté de combattre le fatalisme et la résignation.


Nouvelle période ? Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, les organisations syndicales se sont retrouvées pour mobiliser, notamment, contre la réforme des retraites. Depuis, CGT, CFDT, CFTC et UNSA, membres de la Confédération européenne des syndicats, ont appelé ensemble à se mobiliser le 19 juin dernier, s’inscrivant dans la campagne de la CES jugeant que « les politiques d’austérité font la démonstration de leur inefficacité » et que « l’Europe doit changer de cap ».
Mais au-delà de ce rendez-vous européen, le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis l’arrivée aux manettes de l’actuelle majorité, l’unité a eu bien du mal à se maintenir et à se construire, en tout cas au niveau des confédérations.

Les réformes sociales du gouvernement Ayrault, qu’il s’agisse du marché de l’emploi et de la loi dite de « sécurisation de l’emploi », des retraites, ou encore de la conception du « dialogue social » et du rôle régulateur de l’État, ont montré des divergences réelles d’approche entre les signataires de l’ANI du 11 janvier 2013, CFDT, CFTC, UNSA, et ceux qui l’ont dénoncé, la CGT, Solidaires et la FSU ; tandis que CGT et FO ont manifesté ensemble contre les mesures de la nouvelle réforme des retraites.
Mais de toute évidence, face à l’ampleur d’une crise aux dimensions multiples, économique, sociale, de démocratie, les six organisations syndicales qui se sont retrouvées le 25 au soir ont décidé d’unir leurs efforts pour parvenir à rassembler les salariés, face à un patronat particulièrement agressif. Pour Thierry Lepaon, il s’agit de permettre aux salariés de « faire irruption » dans le champ social, d’intervenir massivement pour être enfin écoutés.

 

L’ampleur des drames sociaux conduit à la désespérance et menace
la capacité à vivre ensemble

 


Une crise que paient les salariés


Pour les salariés, actifs ou privés d’emploi, la crise se vit en premier lieu sur le mode économique et social. Sur le terrain de l’emploi, d’abord. Entre janvier et septembre, on comptabilise 736 plans sociaux, soit 16 % de plus que sur la même période en 2012.

Tous les secteurs sont concernés. Les transports, comme l’indique le dépôt de bilan le 22 novembre de Mory Ducros, qui compte 5 000 salariés, et dont la sous-traitance en emploie des milliers d’autres ; la chimie ; l’automobile et sa sous-traitance, en particulier les équipementiers ; les télécommunications ; l’électroménager ; l’agroalimentaire ; la vente par correspondance ; la presse et les médias… Selon la Coface (assureur-crédit), les défaillances d’entreprises ont atteint un niveau « historiquement élevé » en 2013 : 62 500 seraient prévues sur l’année, contre 60 500 en 2012. Près de 3,3 millions de salariés sont inscrits à Pôle emploi en catégorie A en France métropolitaine, un chiffre encore en hausse, et plus de cinq millions toutes catégories confondues en comptant ceux des DOM.
Chômage, précarité, CDD, intérim, petits boulots : selon un rapport publié par le Conseil économique social et environnemental (CESE) le 25 novembre, un salarié sur cinq travaille à temps partiel en France, principalement des femmes (pour 82,5 % des cas, et majoritairement de façon non choisie), dans des conditions de travail dégradées, en particulier en termes d’amplitude horaire.

En 1975, le temps partiel représentait 8,3 % des emplois, en 2011, 17,9 %. Dans la même veine, le nombre d’emplois temporaires (CDD ou intérim…) a augmenté dans le secteur privé ou semi-public, passant de 10 % à 15 % entre 1990 et 2007. Selon une étude du ministère du Travail publiée le 21 novembre, la part des CDD dans les embauches est repartie à la hausse de manière quasi continue depuis la mi-2011. Emploi, mais aussi pouvoir d’achat, ensuite, qui constitue un sujet d’inquiétude majeur pour les salariés et les retraités.

 


Gattaz trop gâté


Pourtant, le gouvernement ne cesse de céder aux exigences du Medef et du grand patronat. Sur le terrain de l’emploi et de la moindre protection des salariés. Sur celui du pouvoir d’achat. De nouveau, le groupe dit d’experts sur le Smic s’est dit défavorable à un coup de pouce accompagnant la hausse légale du salaire minimum au 1er janvier. Au sujet des retraites également. Le gouvernement s’abîme en effet dans la réinsertion des recettes de ses prédécesseurs, en défendant un allongement de la durée de cotisation, et souhaite un vote bloqué pour éviter tout amendement sur le report de six mois de la revalorisation des pensions. Sur le terrain idéologique, enfin, affirmant qu’il faut réduire le coût du travail, c’est-à-dire sa rémunération, sans même interroger celui du capital, et qu’il convient, pour réduire le déficit public, non de chercher des recettes mais de restreindre les budgets des services publics et de la solidarité nationale ou encore de continuer à geler le point d’indice des salaires des fonctionnaires.



Gâté, mais toujours plus offensif


Cela ne suffit pas à Pierre Gattaz. On se souvient qu’à peine élu pour succéder à Laurence Parisot, le nouveau patron des patrons avait en juillet dernier réclamé une nouvelle « économie » de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour les entreprises, c’est-à-dire leurs dirigeants et actionnaires, ainsi qu’une « simplification », c’est-à-dire une dévalorisation, du Code du travail. En septembre, Pierre Gattaz jubile. Outre les exonérations sociales et fiscales obtenues de ce gouvernement, sans aucune contrepartie économique ou sociale, en plus d’autres largesses et subsides déjà acquis, il annonce avoir reçu l’engagement de l’ouverture d’une concertation à brève échéance sur la baisse du « coût du travail » et de la fiscalité des entreprises. Cela ne lui suffit toujours pas.
Dans une lettre adressée aux chefs d’entreprise, Pierre Gattaz en revendique davantage, prétendant créer un million d’emplois en cinq ans, à la condition explicite de nouveaux « efforts » – des salariés et des citoyens – et de nouvelles « réformes » pour « les années qui viennent ». Il réclame une nouvelle « baisse de la fiscalité » des entreprises, une « baisse du coût du travail » et, toujours, la « simplification » du Code du travail. Ce n’est pas tout.

Il veut « une véritable dynamique de baisse des dépenses publiques ». Donc, encore une fois, des budgets de solidarité et de nos services publics ; de même que de la protection sociale. « Il faut accepter de toucher à des habitudes et des processus ancrés », dit-il.



Le Medef en campagne


Mais pour le Medef, réclamer ne saurait suffire. Obtenir, non plus. Encore faut-il convaincre la société en général, et les salariés en particulier, que tout cela se mènerait sinon en leur nom, du moins dans leur intérêt et dans celui de l’emploi. Et même, s’adresser aux organisations syndicales. Comme pour les assigner à s’associer à cette conception. Ou leur déclarer qu’au-delà même des politiques menées dans les entreprises et auprès des ministères, la guerre, au moins idéologique, est ouverte. Car le Medef est en campagne.

Déjà, lors de son investiture, en juillet, Pierre Gattaz s’adressait aux adhérents de l’organisation patronale et avançait : « Nous ne pourrons changer notre pays que si nous nous mobilisons sur le terrain », appelant à « faire comprendre à tous les Français les règles de base de l’économie et de la mondialisation ». Ses bases. Il réitère dans la missive envoyée aux chefs d’entreprise. Il en appelle aux « discours de nos politiques qui devraient valoriser les entrepreneurs », à « une révolution dans les discours et les attitudes », à nier les « cadeaux aux entreprises », ou « cadeaux aux patrons », pourtant bien réels. Et invite les patrons à « une mobilisation large » : « Allez voir les élus, nos maires, nos députés, nos sénateurs, quels qu’ils soient », lance Pierre Gattaz. « Échangez avec vos salariés sur nos motivations, notre ambition. »



Populisme ?


La terre de Bretagne a en quelque sorte servi au Medef de laboratoire à cette nouvelle croisade, faisant de la lutte contre l’écotaxe et, plus globalement, contre l’impôt, l’oméga de la sortie d’une crise dont certains continuent de tirer profit. De gros profits. Mais si des salariés, des privés d’emplois, se sont retrouvés derrière de tels mots d’ordre patronaux, c’est aussi que l’exaspération est grande. L’impôt se fait trop lourd pour les plus modestes, petits artisans et petits paysans, mais aussi et surtout salariés, retraités, privés d’emploi… parce que la réforme fiscale annoncée par François Hollande encore candidat n’a pas vu le jour et que les salaires et pensions sont trop faibles, loin d’une véritable reconnaissance du travail et des qualifications.

Aussi Thierry Lepaon n’a-t-il pas hésité à inviter les salariés ayant chaussé le bonnet rouge à rejoindre les manifestations du samedi 23 novembre à l’appel de leurs organisations syndicales, et non plus en marchant à côté de ceux-là mêmes qui les licencient.


Reste que demeure une réelle confusion dans le salariat, d’autant plus exaspéré que le gouvernement louvoie pour ne tenir quasiment aucune des promesses de campagne, et que se répète à l’envi un discours prétendant absente toute alternative et appelant à la renonciation. Au-delà des jours d’élection où l’abstention et les votes d’extrême droite risquent de se tutoyer, avec des scores élevés, c’est dès maintenant, dans le concret, que se manifeste le risque de populisme et de réflexes frustrés de rejet de l’Autre, au détriment de la défense commune des intérêts de tous les salariés.

Rappel


Certains ont vu, dans les manifestations des « bonnets rouges » – qui ont suivi celles des « pigeons », ou pour la défense du travail la nuit et le dimanche, ou encore contre le droit de tous et toutes au mariage – les souvenirs du poujadisme. Voici soixante ans, alors que la France connaissait une croissance que certains ont qualifiée de « trente glorieuses » (pourtant mal partagées), Pierre Poujade, papetier et conseiller municipal de Saint-Céré (Lot), prenait la tête d’un groupe de commerçants expulsant manu militari des fonctionnaires organisant au nom de la loi un contrôle fiscal. Avant de prendre la tête d’un mouvement politique fustigeant l’impôt (dont, alors, Jean-Marie Le Pen fut député). « Ce n’est pas la première fois que des organisations socioprofessionnelles inscrites à la droite de l’échiquier politique manifestent contre la politique fiscale ou contre des mesures budgétaires adoptées par des gouvernements de gauche. On a beaucoup évoqué Poujade et les siens, ces dernières semaines, mais on pourrait aussi bien se souvenir des mouvements de contribuables, commerçants et transporteurs advenus entre la victoire du néo-cartel, en 1932, et la crise de février 1934 ou de Gérard Nicoud (fondateur du Cidunati, NDLR) », analyse l’historienne Danielle Tartakowsky dans Le Huffington Post du 18 novembre. Mais elle ajoute qu’« ils se déployaient dans une France où d’autres forces, syndicales en premier lieu, s’exprimaient alors même, participant, au premier chef, à la construction d’alternatives ». Et « que la gauche ne paraît plus porteuse aujourd’hui de cet “imaginaire collectif” qui permit au mouvement syndical d’être un puissant facteur de mobilisation, par-delà les objectifs parfois sectoriels à l’origine des mouvements dont il fut toujours la force majeure ».


Dans la dynamique lancée le 23, puis le 25 novembre, le mouvement syndical, dans une large unité, semble bien, au-delà du nécessaire « choc de clarification », engager les salariés à devenir acteurs, en toute conscience, du présent et de l’avenir que certains voudraient écrire en leur nom. 

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